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Fiscalité

Déficit Foncier et Rénovation Énergétique 2026 : Le Plafond à 21 400 €

·Mis a jour le 18 avril 2026·11 min de lecture

Marc Delacroix

Analyste immobilier indépendant · 30 avril 2026 · 11 min de lecture

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Le déficit foncier : rappel du mécanisme de base

Le déficit foncier est un outil fiscal fondamental pour le propriétaire bailleur en location nue (régime réel). Lorsque vos charges déductibles (intérêts d'emprunt, travaux, taxe foncière, assurance, frais de gestion) dépassent vos loyers perçus, vous êtes en situation de déficit foncier.

Ce déficit est imputable sur votre revenu global — salaires, retraite, revenus d'activité — dans la limite de 10 700 € par an. Chaque euro de déficit imputé réduit directement votre base imposable à l'IR. Pour un contribuable à 41 % de TMI (Taux Marginal d'Imposition), 10 700 € de déficit génèrent 4 387 € d'économie d'impôt.

L'excédent de déficit, au-delà de 10 700 €, n'est pas perdu : il est reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes.

Le plafond doublé pour la rénovation énergétique

Depuis la loi de finances pour 2023, le plafond du déficit foncier imputable sur le revenu global est doublé à 21 400 €/an pour les dépenses de travaux de rénovation énergétique permettant de sortir le logement des classes F ou G.

Conditions d'application du plafond à 21 400 €

Pour bénéficier du plafond doublé, plusieurs conditions doivent être réunies simultanément :

  1. Le logement doit être classé F ou G avant travaux, d'après un DPE réalisé avant le début du chantier.
  2. Les travaux doivent permettre d'atteindre au minimum la classe E après rénovation (DPE post-travaux réalisé par un diagnostiqueur certifié).
  3. Les dépenses concernées : seules les dépenses de travaux énergétiques (isolation, chauffage, ventilation, fenêtres) sont prises en compte pour le doublement. Les travaux d'entretien courant ne sont pas éligibles.
  4. Le bien doit être loué : le logement doit être donné en location nue pendant au moins 3 ans après l'imputation du déficit.
  5. Période d'application : les dépenses éligibles sont celles engagées entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2025. Pour les travaux engagés en 2026, vérifiez les conditions actualisées selon la loi de finances applicable.

Ce que signifie « passer de F ou G à E ou mieux »

Le saut de performance énergétique requis est significatif. Un logement classé G consomme plus de 420 kWh/m²/an d'énergie primaire. La classe E se situe entre 251 et 330 kWh/m²/an. Un logement G devra réduire sa consommation d'au moins 20 à 30 % pour atteindre la classe E — ce qui implique généralement des travaux combinant isolation des murs et de la toiture, remplacement du système de chauffage et amélioration de la ventilation.

Simulation : impact du déficit foncier renforcé

Hypothèses

  • Bien : appartement F de 60 m², valeur 150 000 €, loyer 700 €/mois (8 400 €/an).
  • Travaux de rénovation énergétique : 30 000 € (isolation, pompe à chaleur), portant le DPE de F à D.
  • Charges annuelles hors travaux : intérêts 4 200 € + taxe foncière 1 200 € + assurance 300 € = 5 700 €.
  • TMI du propriétaire : 41 %.

Résultat foncier de l'année des travaux

PosteMontant
Loyers perçus+ 8 400 €
Intérêts d'emprunt- 4 200 €
Charges annuelles- 1 500 €
Travaux éligibles- 30 000 €
Déficit foncier brut- 27 300 €

Imputation du déficit

  • Imputation sur revenu global (plafond renforcé) : 21 400 € → économie d'IR : 21 400 × 41 % = 8 774 €
  • Report sur revenus fonciers des années suivantes : 27 300 - 21 400 = 5 900 €

Sans le plafond renforcé (plafond standard à 10 700 €), l'économie d'IR aurait été limitée à 10 700 × 41 % = 4 387 €. Le gain lié au doublement du plafond représente donc 4 387 € supplémentaires d'économie d'impôt pour cet exemple.

Cumul avec d'autres aides

MaPrimeRénov'

Les subventions MaPrimeRénov' (ANAH) peuvent être cumulées avec le déficit foncier renforcé, sous conditions. La subvention reçue réduit toutefois le montant des travaux déductibles : si vous recevez 8 000 € de MaPrimeRénov' pour des travaux de 30 000 €, seuls 22 000 € sont déductibles.

Certificats d'Économie d'Énergie (CEE)

Les primes CEE (versées par les fournisseurs d'énergie) fonctionnent de la même façon : elles réduisent le coût net des travaux et donc le montant déductible. En revanche, elles ne sont pas imposables — c'est un avantage net sans contrepartie fiscale.

Éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ)

L'éco-PTZ permet de financer jusqu'à 50 000 € de travaux de rénovation énergétique sans intérêts. Il est cumulable avec le déficit foncier : les intérêts d'un prêt classique sont déductibles, mais l'éco-PTZ étant à taux zéro, il n'y a pas d'intérêts à déduire. En revanche, les travaux financés par l'éco-PTZ sont bien déductibles en totalité.

Déficit foncier standard vs renforcé : tableau comparatif

CritèreDéficit standardDéficit renforcé (réno énergétique)
Plafond imputable sur revenu global10 700 €/an21 400 €/an
Conditions sur les travauxToutes charges déductiblesTravaux énergétiques sur logement F ou G
DPE cibleNon requisMinimum classe E après travaux
Durée de location requise3 ans3 ans
Excédent reportable10 ans sur rev. fonciers10 ans sur rev. fonciers
Cumul MaPrimeRénov'Oui (sous déduction)Oui (sous déduction)

Lien avec le dispositif Jeanbrun

Le dispositif Jeanbrun (article 12 octies, loi de finances 2026) prévoit lui aussi un plafond de déficit foncier imputable de 10 700 €/an — ou 21 400 €/an si les travaux relèvent d'une rénovation énergétique éligible. Cette articulation entre le Jeanbrun et le déficit foncier renforcé peut permettre à un investisseur achetant un bien ancien à rénover de combiner amortissement Jeanbrun et déduction renforcée des travaux.

Cette stratégie est complexe et nécessite une analyse au cas par cas avec un expert-comptable ou un conseiller fiscal spécialisé. Les conditions cumulatives (30 % de travaux, DPE A ou B, engagement 9 ans) doivent toutes être respectées.

*Sources : loi de finances pour 2023 (art. 12 ter) ; loi de finances pour 2026 (art. 12 octies) ; Bofip (bofip.impots.gouv.fr) ; ANAH (MaPrimeRénov' 2026) ; Service-Public.gouv.fr.*

Questions fréquentes

Le plafond de déficit foncier à 21 400 € s'applique-t-il encore en 2026 ?
Le dispositif de doublement du plafond à 21 400 € a été introduit pour les dépenses engagées entre 2023 et 2025. Pour les travaux engagés en 2026, il convient de vérifier les conditions actualisées selon la loi de finances applicable. Dans tous les cas, le déficit foncier standard (10 700 €/an) reste accessible pour tout bailleur en location nue au régime réel.
Quels travaux sont éligibles au déficit foncier renforcé ?
Seuls les travaux d'amélioration de la performance énergétique sont pris en compte pour le doublement du plafond : isolation des combles, murs et planchers, remplacement du système de chauffage (pompe à chaleur, chaudière à condensation), amélioration de la ventilation, remplacement des fenêtres. Les travaux d'entretien courant, de décoration ou de confort (cuisine, salle de bain) ne sont pas éligibles au plafond renforcé mais restent déductibles au titre du déficit foncier standard.
Peut-on cumuler MaPrimeRénov' et déficit foncier pour les mêmes travaux ?
Oui, mais la subvention MaPrimeRénov' reçue doit être déduite du montant des travaux avant de calculer le déficit foncier. Si vous recevez 10 000 € de MaPrimeRénov' pour des travaux de 35 000 €, seuls 25 000 € sont déductibles des revenus fonciers. Les primes CEE fonctionnent de la même manière.
Combien de temps doit-on conserver le bien après avoir imputé le déficit foncier ?
Le bien doit être donné en location nue pendant au moins 3 ans après l'année d'imputation du déficit foncier sur le revenu global. Si vous vendez ou changez d'usage dans ce délai, le déficit imputé est remis en cause et vous devrez rembourser l'économie d'impôt correspondante (avec intérêts de retard).
Quelle est la différence entre le déficit foncier et l'amortissement Jeanbrun ?
Le déficit foncier classique résulte de la déduction des charges réelles (travaux, intérêts, taxe foncière) supérieures aux loyers. L'amortissement Jeanbrun est une déduction spécifique du prix du bâti (3,5 % à 5,5 %/an selon le niveau) qui s'ajoute aux charges réelles pour créer ou accroître le déficit foncier, dans le cadre du dispositif de l'article 12 octies de la LF 2026. Les deux mécanismes se cumulent et le déficit ainsi formé est soumis aux mêmes règles d'imputation (10 700 € ou 21 400 €).

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